Selor, la poésie sur le béton

On l’avait repéré, il y a deux ans déjà avec de discrètes scènes de chasses naïves utilisant des pigments naturels et rappelant des dessins préhistoriques sur les murs de Saint Michel à Saint Pierre.

Depuis l’année dernière, il est devenu prolifique et l’on voit découvre régulièrement Mimile, son personnage fétiche, animal anthropomorphe et longiligne vêtu d’une marinière, au détour d’une rue, sur un mur à l’abandon, rive droite comme rive gauche.

On a voulu en savoir plus alors on a rentré son blase, Selor, dans Google. On est d’abord tombés sur un site gouvernemental Belge. Mauvaise pioche. On a affiné notre recherche en rajoutant Bordeaux et la les premiers résultats sont tombés. Il s’appelle David Selor et a un profil facebook. Contact pris, le bonhomme débarque à la maison pour un entretien et une petite séance photo…

Tu peux te présenter pour les lecteurs d’Happen  ?

Je m’appelle David Selor, j’ai 28 ans, je suis originaire de Cognac et je suis installé à Bordeaux depuis environ un an.

Selor, c’est ton nom ou c’est un blase  ?

C’est un pseudonyme. En fait c’est un anagramme sur la base d’un ancien blase. Ça n’a aucune signification, j’aimais juste la sonorité.

Comment en es-tu venu à peindre dans la rue  ?

Je ne me suis pas vraiment posé la question… En fait peindre dans la rue a beaucoup d’avantages. On gagne une visibilité immédiate et puis c’est plutôt démocratique ; l’image est là, elle s’adresse à tout le monde et est visible par tout le monde. Et puis il y a un petit coté adrénaline qui me plaît bien ; ça permet aussi de rencontrer directement les spectateurs, ce qui est plutôt sympathique. Finalement mes motivations ne sont pas très différentes de celles des autres personnes qui travaillent dans la rue !

Tu as commencé quand ?

En 2007. J’ai commencé par faire du graffiti assez classique avec du lettrage. Mais je me sentais assez limité et c’est en 2013 que j’ai commencé mon évolution pour pouvoir mieux exprimer mes idées.

C’est là que les premiers personnages sont apparus ?

Oui.

Ton Mimile est apparu à cette période ?

J’ai effectué un service volontaire européen au Portugal et je travaillais auprès d’autistes assez lourdement atteints ; les éducateurs là-bas, comparaient certaines de leurs réactions à celles d’animaux dans le sens ou elles étaient très instinctives.  Cela m’a marqué et j’ai décidé de créer un personnage mi animal, mi humain.

J’ai alors abandonné mon idée de devenir éducateur spécialisé pour me lancer entièrement dans l’art. Je voulais garder aussi ce lien social : mes thèmes évoquent souvent l’humain en premier.

Ton Mimile est généralement accompagné de textes souvent poétiques, parfois un peu revendicatifs. Comment choisis-tu ces messages ?

Ce sont très souvent des jeux de mots. Je m’appuie parfois sur le lieu où je positionne mon personnage, parfois sur l’actualité. En fait, je crois que j’ai créé mon Mimile pour illustrer les messages que je souhaitais écrire ; il est là pour renforcer le discours et ce n’est pas le discours qui est là pour renforcer le personnage.

Je t’ai découvert dans les rues de Bordeaux avec un travail très différent, des petits personnages inspirés de l’art préhistorique ; le projet se poursuit ou pas ?

Le projet est en stand-by en partie par manque de temps mais j’aimerais bien continuer.

Quelle était la démarche derrière ce travail ?

Il s’agissait de comparer les travaux sur les murs actuels avec les représentations de l’époque. J’ai représenté des scènes de chasse et les artistes de l’époque montraient leur environnement. Aujourd’hui on est dans une société beaucoup plus individualiste et on écrit son nom sur les murs.

Ton travail est particulier, te définirais-tu comme étant un street artiste ?

Je crois qu’aujourd’hui on identifie souvent le street art au pochoir, au collage ou au tag, mon travail est différent. Je suis plus dans l’illustratif, mais à la base le terme street art signifie « art de rue » et alors mon travail correspond bien à cela. Mais j’avoue aussi que cette identification n’est pas mon souci premier.

Tu es à Bordeaux full time depuis environ un an, l’endroit te plaît-il? Tu penses que tu as la place pour t’épanouir ?

J’ai le sentiment que sur Bordeaux, il faut vraiment se faire sa place et ce n’est pas forcément facile. Personnellement, je n’ai jamais eu de problème avec la Mairie ou les forces de l’ordre qui m’ont déjà vu travailler sans intervenir. Par contre, le service de nettoyage de la mairie est efficace et certaines pièces ne restent pas en place très longtemps. J’ai tout de même l’impression qu’il y a pas mal de possibilités de s’exprimer et que les pièces sont souvent bien accueillies.

Je choisis avec attention mes supports. Je ne vais pas aller peindre sur un beau mur en pierre de taille, je préfère attaquer les murs en brique ou en parpaing qui condamnent des ouvertures, c’est une manière de les embellir ; c’est peut-être pour cela que mon travail est assez peu attaqué par les services de nettoyage.

On voit énormément de pièces de toi, tant rive droite que rive gauche…

C’est mon travail, je ne fais que ça et je peins tous les jours. Une grande majorité de mon temps est dédié à des œuvres gratuites dans la rue, le reste du temps je réalise des toiles, des commandes que je vends, qui me permettent de vivre et qui financent mon travail sur les murs.

Tu m’as dit que tu travaillais souvent masqué dans la rue mais que tes rapports avec les forces de l’ordre sont plutôt bons ; Tu souffres du syndrome Banksy ?

C’est une manière de me protéger : si on ne m’identifie pas aux pièces que je pose, je suis plus tranquille et je reste anonyme ce qui me convient très bien.

Quelle actualité à venir ?

Le lundi 05 juin une expo collective avenue Thiers au B612, « come as you art » avec A-mo, Atom Ludik, Chalres Foussard, Mika, Moka, Nasti, R.Nuage et moi-même.

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